Message conjoint à l’occasion de la Journée Internationale de la lutte contre la corruption. (Gaoua, le 9 décembre 2017).

Message conjoint à l’occasion de la Journée Internationale de la lutte contre la corruption. (Gaoua, le 9 décembre 2017).

 

Le 9 décembre de chaque année, est célébrée dans le monde entier, la Journée internationale de la lutte contre la corruption. Instituée par la Résolution 58/4 de l’Assemblée Générale de l’ONU du 31 octobre 2003, cette journée est dédiée d’une part, à la sensibilisation des populations sur les méfaits de la corruption et d’autre part, à l’interpellation des pouvoirs publics sur leurs rôles et responsabilités dans la lutte contre ce fléau.

Depuis 2004, des activités sont organisées à travers le monde, en guise de commémoration de cette journée. Pour cette année 2017 et sous l’égide de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC) et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), une campagne est développée au plan mondial, autour du thème « Unis contre la corruption, pour le développement, la paix et la sécurité », dans le sens de promouvoir une attitude positive et unie dans la lutte.

Au plan national, la commémoration de cette Journée se fait dans un élan synergique des acteurs de la lutte contre la corruption. L’ASCE-LC, le PNUD, le REN-LAC, le RAJIT, le RBJLI et l’OJD ont une fois de plus décidé d’unir leurs efforts en organisant des activités conjointes sous le thème : « Mobilisation contre l’impunité dans la lutte anti-corruption au Burkina Faso ».

Le choix de ce thème est guidé par le contexte national.

En premier lieu, il est fortement marqué par la persistance de l’impunité, notamment des crimes économiques, qui se manifeste par une absence de suites appropriées aux cas révélés de malversations dans les rapports des structures de contrôle et de lutte contre la corruption et les scandales publiquement dénoncés. De nombreux dossiers à l’instar de ceux qu’il conviendrait de nommer KANI’S, GUIRO, ONATEL, FER-B, SIAO, FAFPA, le dossier des Services payés de la Police, le dossier de l’audit de la Transition, etc. sont en passe de devenir dans l’imaginaire populaire, s’ils ne le sont déjà, les symboles de l’impunité des crimes économiques dans notre pays. Si, sur le plan judiciaire, des avancées ont été notées dans le sens du renforcement de l’indépendance de la justice, il reste que les effets notables de ces avancées ne sont pas encore très perceptibles dans le traitement des dossiers de crimes économiques. L’œuvre de salubrité entamée au sein de la justice doit nécessairement se poursuivre, en vue de lui permettre d’assumer pleinement son rôle dans la lutte contre la corruption. Sur le plan administratif, les cas de malversations ne donnent pas systématiquement lieu à des poursuites disciplinaires, ni au recouvrement des sommes dissipées en jeu. Manifestement, la volonté et l’engagement politique ne sont toujours pas au rendez-vous dans la lutte contre la corruption, trois ans après l’insurrection populaire et deux ans après la Résistance victorieuse de notre Peuple au coup d’Etat du 16 septembre 2015 !

En second lieu, le contexte national est également marqué par l’insécurité grandissante dans nos villes et campagnes et le développement sans précédent des menaces et agressions terroristes contre notre Peuple. Il ne se passe pratiquement plus de jour où l’on n’enregistre des attaques terroristes meurtrières, plongeant des familles et la nation entière dans le deuil. C’est le lieu ici de saluer la bravoure avec laquelle nos FDS font face à ces agressions barbares, mais également d’attirer l’attention de tous sur l’alliance « corruption, grand banditisme et terrorisme ». En effet, il n’y a aucun doute que la corruption alimentée par l’impunité est un facteur déterminant de la vulnérabilité de notre pays face à cette montée du grand banditisme et du terrorisme. Car, un processus d’acquisition de matériel sécuritaire entaché de corruption tel qu’on l’a déjà vécu dans notre pays, aboutira nécessairement à des matériels de très mauvaise qualité et du coup à la vulnérabilité des éléments des FDS. Le triste sort de ce jeune soldat qui a perdu la vie lors de la riposte à l’attaque du Café Aziz Istanbul, du fait de la qualité défectueuse de son bouclier anti-balles, en donne une parfaite illustration. On peut légitimement s’interroger sur les conséquences d’un allègement des procédures de passation de la commande publique à travers la loi sur les partenariats publics privés (PPP). De même, des pratiques de rackets à l’occasion de contrôles sécuritaires auront pour conséquence logique de faciliter la mobilité des terroristes sur notre territoire.

La corruption se nourrit de l’impunité. Tout pays qui aspire à un véritable décollage économique et social n’a de choix que de s’y attaquer vigoureusement. Aux actions que doivent nécessairement développer les pouvoirs publics, doivent se conjuguer les initiatives citoyennes, car il y va de l’avenir de tous !

Dans le sens du renforcement de la lutte contre l’impunité, il est nécessaire que les efforts déployés à travers des réformes, notamment celles ayant abouti à la création des pôles judiciaires spécialisés dans la répression des crimes économiques et la réforme de l’ASCE-LC soient mises en œuvre dans la pratique.

Aux responsables publics à quelque niveau que ce soit, nous les exhortons à s’engager à faire reculer l’impunité et la corruption dans la sphère publique, en ayant le courage de prendre les mesures disciplinaires qui s’imposent. Car la transparence, la redevabilité et l’exemplarité des gouvernants qui devraient caractériser la gestion de la chose publique dans le Burkina post insurrectionnel ne sont pas suffisamment manifestes. A chaque jour, son lot de révélations d’actes de corruption ou de malversations et ce, dans presque tous les secteurs de l’administration publique.

Aux acteurs intervenant dans la chaine répressive, nous lançons un appel à assumer pleinement leurs rôles et responsabilités afin de réduire considérablement l’impunité.

Aux acteurs de la société civile, aux hommes de médias et aux citoyens tout court, nous adressons nos encouragements à poursuivre les initiatives dans l’éducation et l’éveil des consciences citoyennes contre l’impunité et la corruption et pour un contrôle citoyen dans la gestion des affaires publiques aux niveaux local et national.

Quant à nous acteurs de premier plan de la lutte, nous renouvelons une fois de plus notre engagement à poursuivre nos efforts, dans la synergie, en vue de faire reculer significativement la corruption et l’impunité dans notre pays, car c’est à ce prix que l’on pourra espérer le mettre sur la voie du développement économique et social.

A l’orée de 2018 qui s’annonce à grands pas, nous souhaitons à toutes et tous de passer le cap de l’année 2017 en pleine santé et avec beaucoup de détermination pour les rendez-vous futures sur le front-anti-corruption en 2018.

Je vous remercie.

Structures signataires :

  • Autorité Supérieure de Contrôle d’Etat et de la lutte contre la corruption (ASCE-LC)
  • Observatoire pour la Justice et la Démocratie (OJD)
  • Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)
  • Réseau Africain des Journalistes pour l’Intégrité et la Transparence (RAJIT)
  • Réseau Burkinabè des Jeunes Leaders pour l’Intégrité (RBJLI)
  • Réseau National de Lutte Anti-Corruption (REN-LAC)

 

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