Discours du secrétaire exécutif à la cérémonie de clôture de la 18e Assemblée générale ordinaire du REN-LAC

Le vendredi 27 avril 2018, le Réseau national de Lutte anti-corruption a tenu sa 18e Assemblée générale ordinaire a u Centre national des Archives à Ouagadougou. A l’occasion, le Secrétaire exécutif du REN-LAC a prononcé un discours dont voici l’intégralité.

 

Mesdames et messieurs les partenaires techniques et financiers ;

Mesdames et messieurs les représentants des organisations internationales et interafricaines ;

Mesdames et messieurs les organisations partenaires et amies

Mesdames et messieurs les représentants des organisations membres ;

Messieurs les membres d’honneur ;

Monsieur le président d’honneur ;

Mesdames et messieurs les membres du Secrétariat exécutif ;

Mesdames et messieurs de la presse ;

Distingués invités.

Au nom des organisations membres, des membres d’honneur et observateurs, je prends la parole pour vous souhaiter à toutes et à tous la bienvenue à la présente cérémonie qui marque la fin des travaux de la XVIIIème Assemblée générale ordinaire du Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC). Il est de coutume pour notre organisation, conformément à ses statuts et règlement intérieur, de sacrifier chaque année au principe de redevabilité envers ses membres au cours d’une Assemblée générale ordinaire. Cette action, loin d’être un simple exercice de routine, témoigne de la vitalité et du fonctionnement démocratique du REN-LAC. Après avoir examiné, puis validé le rapport d’activités et financier de l’année 2017 ainsi que le programme d’ et le budget de l’année en cours, l’Assemblée générale a traité de questions diverses relatives à la vie du Réseau.

Mesdames et messieurs, distingués invités.

Comme vous le savez, la XVIIIème Assemblée générale ordinaire du REN-LAC se  tient au lendemain des vingt ans d’existence du Réseau commémorés du 1er au 20 décembre 2017.

Vingt ans après, nous pouvons être fiers d’affirmer que « Si le REN-LAC n’existait pas, il fallait le créer. » Car en vingt ans de vie et de luttes, des acquis non négligeables ont été engrangés grâce aux efforts conjugués des uns et des autres ici présents. Ces acquis sont perceptibles à travers l’éveil progressif des consciences, la floraison de foyers de veille et de contrôle citoyens ainsi que les luttes multiformes des populations pour une amélioration continue de la gestion de la chose publique. Toutefois, se dressent toujours devant nous d’énormes défis sur le front de la lutte anti-corruption que seule une volonté politique sincère et réelle couronnée d’un engagement au sommet de l’Etat pourrait contribuer à relever efficacement. C’est cette raison qui nous a conduits à transmettre, récemment au mois de mars 2018, au Chef de l’Etat un mémorandum d’interpellation sur la nécessité d’une volonté politique réelle dans la lutte contre la corruption dans notre pays.

Mesdames et messieurs, distingués invités.

L’année 2018 est marquée au triple plan international, africain et national par la poursuite des scandales de corruption qui touchent les sphères des différents pouvoirs d’Etat et économiques. En effet, l’affaire Odebrecht, géant brésilien du BTP, qui a éclaté en décembre 2016, continue d’ébranler la quasi-totalité du continent sud-américain. Selon les révélations de la presse anglo-saxonne et latine, de nombreux cadres du groupe ont confessé devant la justice avoir financé des campagnes électorales à travers tout le continent, propulsant des carrières politiques en échange de juteux contrats de marchés publics. Au total, ce sont près de 500.000 milliards de Francs CFA (788 millions de dollars) qui auraient été versés entre 2001 et 2016 dans 10 pays latino-américains (Brésil, Argentine, Colombie, République dominicaine, Équateur, Guatemala, Mexique, Panama, Pérou, Venezuela) et deux pays africains (Angola et Mozambique). A ce scandale, qui a entraîné la chute en début d’année de plusieurs dirigeants sud-américains tels que Jorge Glas en Equateur et Pedro Pablo Kuczynski au Pérou, s’ajoute celui du groupe pharmaceutique suisse Novartis, accusé d’avoir versé des pots-de-vin à une dizaine de dirigeants politiques grecs pour aider le laboratoire à commercialiser des médicaments aux vertus curatives discutables et à gonfler ses prix dans ce pays d’Europe du Sud secoué depuis une dizaine d’année par la crise économique en cours.

Pas plus tard qu’en début de cette semaine, a éclaté en France une autre affaire de grande corruption impliquant le puissant homme d’affaire Vincent Bolloré, bien connu en Afrique pour ses nombreux monopoles dans les différents secteurs clés de la vie économique. D’après les révélations du quotidien Le Monde, l’industriel français a été mis en examen pour « corruption d’agents publics étrangers » portant sur les conditions d’attribution en 2010 de concessions portuaires sur le continent africain, notamment à Lomé, au Togo,  et en Guinée Conakry. En clair, la justice française reproche aux dirigeants du groupe d’avoir utilisé leur filiale de communication Havas pour faciliter l’arrivée au pouvoir de dirigeants africains en assurant des missions de conseil et de communication sous-facturées dans l’optique d’obtenir ces concessions portuaires. Cette nouvelle affaire vient confirmer que derrières certains grands marchés se cachent bien des pratiques de pots de vins et de dessous de table.

En Afrique du Sud, au centre de plusieurs chefs d’accusation dont « fraude », « racket », « corruption », et « blanchiment d’argent », l’ex-président Jacob Zuma est quant à lui soupçonné d’avoir accepté des pots-de-vin et d’avoir assuré la protection d’intérêts de groupes monopolistes tels que la richissime famille industrielle indienne, la famille Gupta, et certaines grandes entreprises occidentales comme la société française d’armement et d’électronique Thomson-CSF, devenue Thales.

Au Burkina Faso, plus de trois ans après l’insurrection populaire qui a chassé du pouvoir et contraint une partie du régime Compaoré à l’exil, les fortes attentes des Burkinabè sont restées intactes. Le Plan national de Développement économique et social (PNDES), présenté comme l’alternative aux maux qui tenaillent les Burkinabè, se révèle être une véritable désillusion pour ceux qui y croyaient encore. Dans ce contexte, les différentes couches sociales, qui ne perçoivent pas de réels signaux se profiler à l’horizon, continuent de s’organiser de manière autonome pour poser avec force leurs préoccupations au pouvoir, à travers des luttes multiformes, de plus en plus incisives. Par ailleurs, la situation nationale reste caractérisée par l’insécurité grandissante dans nos villes et nos campagnes et le développement sans précédent des menaces et agressions terroristes contre notre peuple. La situation semble hors contrôle comme l’atteste la double attaque meurtrière du 02 mars 2018 qui a touché, en deux points distants d’environ un kilomètre, l’Etat-major général des Armées et l’Ambassade de France. A cela, il faut ajouter l’assassinat le 08 avril dernier d’Hamidou Koundaba, maire de commune rurale de Koutoukou dans le Soum. Quatre jours plus tard, toujours dans la même province, le groupe Etat Islamique dans le Grand Sahara revendiquait l’enlèvement d’Issouf Souabo, enseignant à l’école primaire de Bouro à Nassoumbou, tandis qu’une élève de CM2 trouvait la mort.

Cette situation chaotique qui touche l’ensemble du territoire national, est particulièrement  préoccupante dans le Sahel où l’on compte, selon le gouvernement, plus de 5 000 personnes déplacées, plus de 216 écoles fermées affectant plus de 895 enseignants et plus de 20 000 élèves qui voient de fait leur avenir hypothéqué. En plus de refléter l’absence de réponses concrètes aux problèmes structurels de notre appareil sécuritaire, il n’y a aucun doute que la corruption alimentée par l’impunité constitue aussi un facteur déterminant de vulnérabilité de notre pays face à cette montée vertigineuse du grand banditisme et du terrorisme.

Mesdames et Messieurs, distingués invités.

Nous voici donc au terme d’une journée pleinement chargée où nos différentes organisations membres se sont pliés à l’exercice annuel d’examen des rapports d’activités et financiers 2017 et d’adoption des programmes et budget de l’année 2018.

Nous sommes plus que jamais convaincus que pour que la corruption recule, il faut une mobilisation accrue des citoyens à tous les niveaux et une volonté politique sincère au sommet de l’Etat.

Fidèles à nos engagements, et plus que jamais déterminés à poursuivre nos efforts de lutte contre ce fléau au niveau national, nous invitons les citoyens à la base à renforcer davantage leur niveau de veille et à développer des initiatives autonomes  pour exercer effectivement un contrôle citoyen de la gestion des affaires publiques.

Mesdames et Messieurs, distingués invités.

Nous pouvons nous féliciter des acquis engrangés au cours de l’année écoulée. Toutefois ces succès ne doivent pas nous conduire à baisser la garde. Dans cette lutte qui nécessite d’énormes moyens humains matériels et financiers, nous sommes heureux de pouvoir compter régulièrement sur la forte contribution de la presse à travers les investigations et les interpellations. Ce sont au total 85 publications de presse écrite et de radiodiffusion qui ont été enregistrés au cours de cette édition 2017 du PLAC. J’en profite pour féliciter les lauréats et à travers eux l’ensemble de la presse burkinabè pour sa détermination et la qualité du travail abattu, malgré les conditions d’enquête et de travail difficiles dans un environnement encore marqué par la culture du silence héritée des régimes d’exception.

Je saisis aussi l’occasion pour remercier chaleureusement les membres du jury qui, comme toujours, n’ont ménagé aucun effort pour se rendre disponibles à nous accompagner. Je vous demande de les acclamer pour cette tâche ardue mais combien noble qu’ils ont abattue.

Parmi les principaux chantiers à ouvrir par le REN-LAC en 2018, il y a les activités de veille et de contrôle citoyens à travers la création de nouveaux Comités anti-corruption (CAC) dans les différents services et administrations publiques, le renforcement en ressources humaines et matérielles de nos Comités régionaux anti-corruption et la publication du rapport d’étude sur la corruption dans le secteur de la santé. Bien entendu, le travail de renforcement pour l’éveil des consciences contre la corruption se poursuivra à travers la création d’une plateforme d’information anti-corruption.  Au-delà de cette action de mobilisation citoyenne contre la corruption, le REN-LAC entend poursuivre son action civile en justice contre des acteurs de corruption.

Mesdames et messieurs, distingués invités.

Avant de nous séparer, permettez-moi, une fois n’est pas coutume,  de rendre un vibrant hommage à nos forces de défense et de sécurité. En dépit des dures conditions de travail et les moyens modestes mis à leur disposition, elles exposent constamment leurs vies pour la défense et la sécurité du territoire national, des biens et de personnes en ces temps d’insécurité avec le développement du terrorisme et de la criminalité transfrontalière dans l’ensemble sahélo-saharien.

Je réitère mes remerciements aux partenaires techniques et financiers notamment à la Coopération suisse, à l’Ambassade royale du Danemark, à la Banque mondiale, à l’Union européenne, à KFW et aux ONG Diakonia et OXFAM. Enfin, que chacun de vous soit remercié pour sa disponibilité, son dévouement et son sens du devoir pour cette mission noble qu’est la lutte contre la corruption et pour la bonne gouvernance dans notre pays.

Tout en vous souhaitant un bon retour à toutes et à tous dans vos bases respectives, je déclare clos les travaux de la XVIIIème Assemblée générale ordinaire du REN-LAC.

Je vous remercie

 

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