Burkina Faso : la corruption galopante, véritable gangrène du régime Kaboré

Transparency international a rendu public son rapport 2018 ce mardi 29 janvier. Sans surprise, les résultats confirment une recrudescence du phénomène de la corruption au Burkina Faso. Ce que le Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC), puis l’Autorité supérieure de Contrôle d’État et de Lutte contre la Corruption (ASCE/LC), avaient déjà noté.

 

En perdant un point (41) par rapport à l’année dernière (42) et quatre places dans le classement (78 contre 74 en 2017), le Burkina Faso se révèle être un des nombreux pays au monde où la corruption infiltre l’État par son plus haut sommet.

Cette fois, ce n’est pas le Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC) ou encore les journaux locaux d’investigation qui l’affirment. Mais plutôt Transparency international (TI). Quoi qu’utilisant une méthodologie, certes, différente, les résultats de l’ONG internationale allemande rejoignent ceux du REN-LAC.

Du pain sur la planche

A peine installé, le nouveau Premier ministre, Christophe Dabiré, a du pain sur la planche. Parmi ces nombreux défis nationaux, la lutte contre la corruption galopante, véritable gangrène du régime Kaboré.

Au regard de la cadence du Président du Faso en la matière, tout porte à croire que c’est une mission impossible pour le nouveau chef du gouvernement. Roch Marc Christian Kaboré et le MPP semblent ne jamais avoir pris la mesure des aspirations populaires dans ce contexte post-insurrectionnel.

Après avoir promis, au lendemain de sa prise du pouvoir, une politique de « Tolérance zéro » contre la corruption, celui-ci s’est permis, plus tard, d’exprimer, au REN-LAC, son impuissance devant la recrudescence du phénomène.

Pourtant, Roch Marc Christian Kaboré, plus que quiconque, bénéficiait d’un contexte favorable, avec l’insurrection populaire, pour poser les bases d’une gouvernance saine et vertueuse.

La transition a permis au pays de se doter d’un cadre juridique et institutionnel des plus favorables à la répression de la corruption et des délits assimilés. Des actions d’éclat avaient suivi ça et là avec l’arrestation de certains auteurs de crimes économiques. Les différents sondages du REN-LAC, au sein de l’opinion nationale, avaient constaté une tendance générale à la baisse du phénomène de la corruption. Selon TI, le Burkina Faso avait effectué un bond qualitatif sur la période, en gagnant quatre points entre 2015 (38),  2016 (42) et 2017 (42).

La persistance de l’impunité

Mais tout comme ce fut le cas avec le régime déchu, l’impunité reste l’une des taches noires de la gouvernance MPP. Il ne se passe pas un jour sans que la presse ne mentionne des cas de détournements, de fraudes ou de rackets. A tel enseigne que même les secteurs les plus sensibles comme la santé et l’éducation ne sont pas épargnés par le fléau.

Les nombreuses interpellations et l’action conjuguée des acteurs intervenant dans la lutte contre l’impunité des crimes économiques et pour l’avènement d’une gouvernance saine ne font aucunement bouger les lignes dans un sens positif. Bien au contraire, les auteurs des pratiques corruptrices semblent bénéficier d’une caution des appareils administratif et judiciaire. Dans la conscience populaire, les affaires emblématiques de crimes économiques – KANIS, SIAO, FAFPA- sont devenues le symbole grandissant de l’impunité.

Toutefois, il ne pouvait en être autrement. Les autorités actuelles sont des transfuges du régime déchu dont les Burkinabè n’ont eu de cesse de décrier la gestion durant les 27 années de règne du président Compaoré. Parmi les plus proches collaborateurs du Chef de l’État, on retrouve aujourd’hui des personnes sur qui pèsent encore des soupçons de corruption non élucidés.

A l’analyse, la situation montre qu’il n’y a pas d’actions d’envergure de la part de l’État, encore moins de la justice, contre la corruption. Et l’on a pu s’en rendre compte avec les cas Guiro et KANIS. Mais lorsqu’il s’agit d’intimider les citoyens ordinaires, les journalistes et les acteurs de la lutte anti-corruption, le pouvoir s’en donne les moyens.

Face à ce manque de volonté politique, il est impérieux pour les organisations de la société civile, la presse et les citoyens ordinaires de renforcer leurs actions de veille citoyenne pour plus de transparence et de gouvernance saine. La solution n’est nulle part ailleurs.

 

Rodrigue TAGNAN

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