« Le journalisme d’investigation ne consiste pas à remplir les journaux »

Journaliste et conseiller technique au ministère de la Communication et des Relations avec le Parlement, Arsène Évariste Kaboré a présidé les travaux du jury de l’édition 2019 des Prix de la Lutte anti-corruption, décernés chaque année par le Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC) afin de récompenser les meilleurs journalistes de la presse écrite et de la radiodiffusion qui s’illustrent, à travers leurs productions, dans la lutte contre la corruption et la mal gouvernance au Burkina Faso. En trois questions réponses, il apporte  des éclairages sur les critères qui ont prévalu au choix des différents lauréats.

Le Président du jury Arsène Évariste Kaboré a félicité les journalistes femmes qui s’intéressent de plus en plus au genre « enquête » à travers des productions de qualité.

Globalement comment avez-vous appréciez les différentes œuvres qui vous ont été soumises ?

Je dirai que dans l’ensemble, il y a eu des œuvres de belles factures. Néanmoins, nous pouvons déplorer le fait que la plupart des journalistes traitent de sujets déjà ficelés. Il faut comprendre par-là que beaucoup d’articles sont des extraits de rapports ou de documents d’enquête d’institutions publiques que les journalistes exploitent sans  y apporter leur touche personnelle. C’est dommage parce que l’investigation suppose que l’on explore le terrain, rencontre plusieurs sources et confronte différents avis pour aider à éclairer l’opinion sur un fait ou sur un sujet. Cela nécessite dans le traitement la mise en perspective des faits. Notre constat est que certains n’ont pas compris cet état d’esprit. Ce qui leur a valu le fait de ne pas être distingués.

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Doit-on comprendre que le jury n’a pas été embarrassé dans le choix des lauréats ?

Pas du tout ! puisque les journalistes qui ont mené un véritable travail d’investigation et de terrain se sont naturellement démarqués des autres. On retrouve dans leurs informations un certain équilibre. C’est-à-dire que dans l’article, ils ont essayé au mieux de donner la parole à toutes les personnes impliquées. Je voudrais saluer les deux lauréates pour la qualité de leur travail. Bien que n’étant pas nombreuses dans la profession, les journalistes femmes, comme vous l’avez constaté, se sont hautement distinguées lors de cette édition. Que ce soit dans la catégorie presse écrite ou radiodiffusion, il n’y a pas eu débat.  Leurs notes étaient largement supérieures à celles des autres lauréats.

Quels sont vos conseils pour l’amélioration de la qualité des articles des journalistes ?

Le journalisme d’investigation est à la fois simple et compliqué. Celui qui s’engage dans cette voie doit se donner les moyens pour mener correctement ses enquêtes et aller au bout dans la recherche d’éléments de preuves. Il faut surtout éviter de tomber dans le piège de la course à l’exclusivité ou encore de publier un article parce qu’on est pris par le temps. Quand on décide de publier un article, on doit s’assurer de l’avoir suffisamment travaillé et bouclé. Cela n’empêche pas qu’il y ait des rebondissements par la suite.

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Le journaliste d’investigation, c’est quelqu’un qui sait être patient, qui attend d’arriver au bout de ses enquêtes avant de présenter les résultats. Faire du journalisme d’investigation ne consiste donc pas à remplir un hebdomadaire une fois par semaine dans la mesure où une investigation peut prendre un mois, trois mois, six mois, une année. Voire plus.

Propos recueillis par Tatiana Ouédraogo (stagiaire)

 

Rodrigue TAGNAN

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