An VI de l’insurrection populaire : Le REN-LAC condamne la mal gouvernance et l’impunité au sommet de l’Etat

Dans son message de commémoration du sixième anniversaire de l’insurrection populaire d’octobre 2014, le REN-LAC regrette un retour en force des mauvaises pratiques, alors que l’insurrection avait donné un brin d’espoir pour une gouvernance vertueuse au service du peuple.

Message du Secrétaire exécutif à l’occasion de la commémoration du sixième anniversaire de l’insurrection populaire d’octobre 2014

Chers compatriotes

Ce samedi 31 octobre 2020, nous commémorons le 6e anniversaire de l’historique insurrection populaire réalisée par notre peuple les 30, 31 octobre, 1er et 02 novembre 2014. Salué par les autres peuples à travers le monde pour son caractère héroïque, ce vaste mouvement populaire, qui a fédéré l’ensemble des couches sociales de notre pays, a chassé du pouvoir le régime impopulaire et criminel du Président Blaise Compaoré. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase et sonner le glas de cette révolte a été cette volonté de Blaise Compaoré de modifier, pour la n-ième fois, l’article 37 de la constitution portant sur la limitation du nombre de mandat présidentiel, afin de se maintenir à la tête de l’État.

Au-delà de la question de l’article 37, le mécontentement populaire était aussi et surtout dirigé contre le système politique, économique et social mis en place par le clan mafieux Compaoré pendant 27 années de règne sans partage. Ce système, fait de corruption, de fraude, de crimes économique, politique et de sang, avait érigé naturellement l’impunité en mode de gouvernement. Toute chose que ne pouvait continuer de supporter notre peuple qui a dû réagir par un sursaut patriotique et révolutionnaire.

Chers compatriotes

Arrivé au pouvoir à la faveur de cette insurrection populaire, réalisée au prix du sang de plusieurs dignes fils et filles de notre peuple dont de nombreux anonymes à qui nous rendons hommage aujourd’hui, le Président Roch Marc Christian Kaboré et son parti avaient promis rompre avec la gouvernance mafieuse du régime déchu. Au lendemain de son élection, profitant d’une rencontre, le 13 janvier 2015, avec les nouveaux membres du gouvernement, il indiquait ainsi s’inscrire dans une logique de rupture en matière de gouvernance. « Désormais, c’est la tolérance zéro contre la corruption« , faisait-il observer.

Malheureusement, cinq ans après, cette promesse sonne comme un slogan creux, en témoigne la hausse de la corruption, d’après les indicateurs de Transparency international. En effet, après avoir effectué un bond qualitatif en 2016 et 2017, passant de 38 points à 42, le Burkina Faso a finalement perdu un point en 2018 et un autre en 2019 pour se retrouver désormais avec une note de 40 points sur 100.

Le même constat ressort des différents rapports du REN-LAC sur l’état de la corruption au Burkina Faso. Depuis 2017, ils sont nombreux les citoyens burkinabè à affirmer que la corruption augmente. En 2019, plus de trois quart (75,7%) des personnes enquêtées estiment que le phénomène est fréquent voire très fréquent. Cette perception est même en augmentation de huit (8) points par rapport à 2018. Et pour cause : il ne se passe plus une semaine, sans que la presse d’investigation ne rapporte des cas de malversations ou autres détournement de fonds y compris au sommet de l’État. Nous pouvons citer en exemple le scandale du charbon fin impliquant le ministre des Mines et des Carrières Oumarou Idani, les présomptions de blanchiments de capitaux qui pèsent sur Jean-Claude Bouda, ex ministre de la Défense, ainsi que le dossier des faux ordres de missions au Groupement de Sécurité et de Protection républicaine (GSPR), chargé de la sécurité du Président du Faso.

En outre, les dossiers de crimes économiques des anciens dignitaires du pouvoir déchu de Blaise Compaoré, notamment ceux dans lesquels des maires et des ministres avaient été interpellés sous la Transition avant d’être relâchés, semblent avoir été rangés aux oubliettes. Il en est de même pour les révélations des malversations de la Transition faites par l’ASCE-LC.

Chers compatriotes

Si l’insurrection populaire avait donné un brin d’espoir pour une bonne gouvernance, avec un léger recul de la perception de la corruption, il est plus que regrettable de constater, ces trois dernières années, le retour en force des mauvaises pratiques. Pourtant, notre pays dispose d’un arsenal juridique des plus avancés de la sous-région en matière de lutte contre la corruption, notamment avec l’adoption des lois N°04-2015/CNT portant prévention et répression de la corruption, et N°082-2015/CNT portant attributions, composition, organisation et fonctionnement de l’ASCE-LC.

Toutefois, il ne pouvait en être autrement au regard de la qualité des dirigeants actuels qui, faut-il le rappeler, sont pour l’essentiel des transfuges du système Compaoré dont ils ont été des caciques jusqu’en 2012, avant d’être éjectés et mis au garage par celui-ci. Aujourd’hui, ils nous ont suffisamment apporté la preuve qu’ils ne portaient pas véritablement l’insurrection dans leurs cœurs.

Déterminés donc à réduire au silence notre peuple, afin de continuer de piller les ressources nationales, le pouvoir MPP du Président Roch Marc Christian Kaboré procède à une remise en cause des libertés démocratiques chèrement conquises. Les tentatives de restriction de la liberté d’expression à travers la révision du code pénal et les violences exercées sur certains activistes et journalistes doivent être inscrites dans cette dynamique fascisante.

Toutefois, en dépit de ces graves reculs sur le plan des libertés individuelles et collectives, le REN-LAC demeure convaincu que seules la mobilisation et la détermination de notre peuple à contrôler l’action publique pourront permettre de venir à bout de la corruption et de la mal gouvernance qui gangrènent notre société. La solution contre la mal gouvernance et l’impunité ne se trouve nulle part ailleurs que dans le degré d’organisation du peuple.

Non à la corruption et à la mal gouvernance

Non à l’impunité des crimes économiques et de sang

Justice pour les martyrs de l’insurrection populaire d’octobre 2014

En avant pour une gouvernance vertueuse au service du peuple

Fait à Ouagadougou le 31 octobre 2020

Pour le Secrétariat exécutif et par délégation

Le Secrétaire exécutif adjoint

François Moyenga

 

print
Rodrigue TAGNAN

Des articles qui pourraient vous intéresser
Laisser une réponse