Journée internationale de lutte contre la corruption : la société civile appelle à passer aux actes

Ceci un message conjoint de huit (08) Organisations de la Société civile burkinabè à l’occasion de la commémoration de la journée internationale de lutte contre la corruption. Ces OSC exhortent le Président du Faso à exploiter toutes les prérogatives qui sont les siennes pour impulser enfin une dynamique nouvelle de bonne gouvernance au sommet de l’État.

Le Secrétaire exécutif du REN-LAC, M/ Sagado Nacanabo (extrême gauche) et le Contrôleur général de l’État, Dr. Luc Marius Ibriga (droite) à l’occasion de la tribune d’interpellation des trois pouvoirs constitutionnels sur l’état de la corruption au Burkina Faso organisée par le REN-LAC et l’ASCE-LC le 18 novembre 2021.

Le 09 décembre de chaque année, le monde entier célèbre la journée internationale de lutte contre la corruption. Cette journée a été instituée le 31 octobre 2003 par la Résolution 58/4 de l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies (ONU). Depuis lors, cette journée est consacrée, d’une part, à la sensibilisation des populations sur les méfaits de la corruption et, d’autre part, à l’interpellation des pouvoirs publics sur leurs rôles et responsabilités dans la lutte contre la corruption. C’est dans l’optique d’atteindre ces objectifs que des activités sont organisées depuis 2004.

Cette année, la commémoration de cette journée, qui se tient sous le thème « participation citoyenne à la lutte contre la corruption au Burkina Faso : Passons aux actes », a lieu dans un contexte politique et sécuritaire très tendu, car les attaques terroristes ont gagné en intensité avec l’ouverture d’un nouveau front au sud-ouest du pays le long de la ligne frontalière avec la Côte d’Ivoire. Ce dernier front est venu se greffer à ceux du Nord, Nord-Ouest et Est déjà ouverts avec leurs lots de victimes civiles et militaires.

Les récentes attaques enregistrées à Inata et à Foubè, ayant coûté la vie à plus d’une cinquantaine de personnes civiles et militaires, ont créé une onde de choc au sein de l’opinion nationale à cause notamment des dysfonctionnements inacceptables reconnus par le chef de L’État.

Plus que leur mort, ce sont les conditions de dénuement dans lesquelles les membres du détachement d’Inata sont tombés qui ont choqué les Burkinabè. En effet, quelques jours auparavant, ces gendarmes affamés, parce que privés de nourritures depuis pratiquement deux semaines, avaient lancé des appels de détresse sans succès auprès de la hiérarchie. Ce drame vient rappeler aux Burkinabè à quel point la mauvaise gouvernance et l’impunité peuvent être fatales dans un État.

La preuve est ainsi administrée que la corruption engendre des dysfonctionnements institutionnels aux conséquences désastreuses pour la stabilité et la sécurité de l’État. En outre, elle se nourrit du manque de transparence, de contrôle et surtout de l’impunité dont bénéficient les différents acteurs. La loi N°039-2016/AN du 2 décembre 2016 en son article 6 dispose que les conditions de passation de la commande publique ne s’appliquent pas aux marchés de travaux, de fournitures et de service, et aux délégations de service public, lorsqu’ils concernent des besoins de défense et de sécurité nationales exigeant le secret ou pour lesquels la protection des intérêts essentiels de l’État sont invoqués. De telles dispositions, sans garde-fou, favorisent les surfacturations, les acquisitions de matériels défectueux voire les acquisitions fictives. Toutes choses qui ont pour conséquence de mettre la vie des troupes engagées sur les théâtres d’opération en danger.

Dans ce contexte, nous soutenons les acteurs qui appellent à un changement de paradigme dans le secteur de la défense et de la sécurité qui, malgré sa spécificité, doit s’ouvrir aux exigences de bonne gestion des deniers publics et de la redevabilité. Un portage politique fort est nécessaire pour ce changement de paradigme.

Au-delà du secteur spécifique de la défense et de la sécurité, c’est le secteur public dans son ensemble qui mérite une attention particulière. La fonction publique, cheville ouvrière de l’appareil d’État et concentrant une part importante des dépenses publiques, doit faire l’objet de mesures fortes visant à renforcer l’intégrité des agents publics.

A cet effet, les organisations citoyennes doivent, plus que jamais, constituer de véritables contre-pouvoirs, en renforçant leurs actions de veille citoyenne, afin que le pays ne tombe pas définitivement dans l’abîme de la corruption institutionnalisée sans aucune perspective d’avenir pour les générations futures. C’est ce qui justifie que, cette année, au niveau national, le thème pour la commémoration de la journée internationale de lutte contre la corruption soit le suivant : « participation citoyenne à la lutte contre la corruption au Burkina Faso : Passons aux actes ! »

Si le contrôle citoyen doit s’effectuer dans tous les secteurs de la vie publique, il doit, pour être efficace, s’appuyer sur des cadres de regroupement crédibles à même de faire bouger les lignes dans un sens positif.

C’est là une nécessité urgente d’autant plus que le 25 novembre dernier, dans son adresse à la nation, le Chef de l’État a promis engager des concertations avec l’ASCE-LC et la Justice pour une opération « mains propres ». Cet engagement vient à point nommé au regard du thème de la célébration de la journée internationale de lutte contre la corruption qui appelle à « passer aux actes ! ». Il exige, pour être tenu, une veille citoyenne de tous les instants pour maintenir haut l’exigence d’intégrité et de bonne gouvernance.

Tout en espérant que ce discours ne reste pas au stade de simples intentions, nos structures voudraient encourager le Président du Faso à exploiter toutes les prérogatives qui sont les siennes pour impulser une dynamique nouvelle de bonne gouvernance au sommet de l’État. En effet, pour redonner confiance au peuple burkinabè, il est impératif que les pouvoirs publics travaillent véritablement à cultiver le sens de l’État, du bien commun et de la redevabilité des gouvernants envers les gouvernées. Cela exige que soient vidés tous les dossiers emblématiques de corruption et de crimes économiques.

Nous saluons cet engagement pris par le Chef de l’État et l’encourageons, par-dessus tout, à rendre visibles, par des actes concrets de maîtrise de l’évolution du phénomène de corruption et de sa répression lorsque des infractions sont commises, sa détermination à traduire dans les faits l’approche de « tolérance zéro ».

Ensemble mettons un terme à l’impunité des crimes économiques !

Engageons-nous pour une participation citoyenne efficace à la lutte contre la corruption !

Au-delà des discours, passons aux actes !

Bonne commémoration de la journée du 09 décembre, journée internationale de lutte contre la corruption.

Ont signé :

  • L’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de lutte contre la corruption (ASCE-LC)
  • Le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC)
  • L’institut Free Afrik
  • Le Centre pour la Gouvernance démocratique (CGD)
  • Le leadership jeune pour la paix et le développement (LEJEPAD-BURKINA FASO)
  • Le réseau Burkinabè des jeunes leaders pour l’intégrité (RBJLI)
  • L’Association Manag-bzanga (AM-BURKINA)
  • L’Observatoire pour la justice et la démocratie (OJD)

 

 

 

 

 

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